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CD: IAM – L’école du micro d’argent

Kewada, Rakhee, Southwestern University ‘07. Georgetown, TX. May 2007.

IAM, « Impérial Asiatiques Men », « Invasion Arrivant de Mars », « Indépendantistes Autonomes Marseillais », ou traduit de l’anglais, « Je suis », est un group de rap français originaire de Marseille. Il a été créé en 1989 et consiste de six membres : Akhenaton (Philippe Fragione), Shurik’N (Geoffroy Mussard), Freeman (Malek Brahimi), Kheops (Eric Mazel), Imhotep (Pascal Perez), et Kephren (François Mendy).

Les noms qu’ils se donnent ne servent pas seulement à créer un sens d’unité entre les membres du groupe mais montrent aussi leur fascination pour l’égyptologie, l’Afrique et l’Extrême-Orient. Les membres du groupe ont grandi à Marseille mais sont d’origines diverses : italienne, malgache, pied-noir, algérienne, sénégalaise et espagnole. Ville au bord de la Méditerranée au sud de France, Marseille a accueilli beaucoup d’immigrants. Pour cela, « IAM est un véritable émanation de l’esprit et de l’histoire de Marseille. Le groupe revendique haut et fort leur métissage » (1).

Le premier enregistrement d’IAM, la cassette « Concept », a suffi pour les rendre célèbre et ils se sont vite retrouvés à chanter avant les concerts de Madonna et de Public Enemy. En réfléchissant sur ses expériences, Shurik’N dit, « A partir du moment où tu as le privilège de pouvoir dire tout haut des choses que des gens garderont toute leur vies enfouies, je n’ai pas envie de perdre trois minutes d’un disque à dire des conneries » (2).

IAM ne dit jamais de conneries, ils ont toujours quelque chose à dire. En 1991, ils sortent leur premier album, « De la planète Mars… », ce qui leur donne « une des plus grands réussites d’une scène rap français encore balbutiante » (3). Cet album les a fait remarqués non pas seulement pour leurs talents musicaux, mais aussi pour leurs critiques sociales et politiques et la façon dont ils emploient un français moderne, rythmique et voluptueux pour les dire.

Le deuxième album d’IAM, « Ombre et lumière », a continué cette tradition et il est aussi considéré comme une réussite pour le rap français. Cependant, c’est le troisième album, « L’école du micro d’argent », sorti en 1997, qui devient un véritable classique du hip-hop français, certifié Diamant en France quand un million d’albums a été vendu. Parlant de cet album, Shurik’N dit, « on a essayé de pousser un peu plus loin le concept que l’on avait déjà lors de la tournée ‘Ombre et Lumière’, d’être beaucoup plus visuel et d’avoir quelque chose de plus théâtral entre guillemets » (4). L’aspect « théâtral » et le langage très visuel sont évidents dans plusieurs chansons de l’album. Par exemple, dans la chanson, « L’empire du côté obscur », IAM chante dans le refrain «Obscure, la force est noire/ Comme le château où flotte l’étendard/ Notre drapeau/ Sois sûr, que sous les feux, la vérité est masque/ Viens, bascule de notre coté, obscur ». Des mots comme « la force », « noire » et « les feux » mettent en valeur aussi l’aspect violent chez IAM. La violence est prévalente dans l’album entier. Dans la chanson «L’école du micro d’argent », dont l’album tire son nom, ils chantent :

Assis en tailleur voilà des heures que je médite/ Sur ma montagne et je n’arrive pas à faire le vide/ Je focalise sur le diaphragme, j’augmente mon énergie/ Réveille la bête qui dans mon âme est tapie […] J’ai créé un déséquilibre interne volontairement/ Afin que le côté Yang soit le dominant/ Les pieds solidements ancrés dans la Terre/ Je tire les dernières forces de la nature mère nourricière/ Je mène les troupes au combat pour défaire/ Les guerriers en contre-plaqué de l’école du micro en bois/ Notre bannière flotte au dessus de Tsunami/ Annonçant fièrement la charge du micro d’argent.

Ces paroles donne une impression générale du sentiment de l’album en entier ; les aspects visuels et violents, politiques et poétiques, brutaux et beaux.

Dans une autre chanson, « Nés sous la même étoile », qui est parmi mes préférées de cet album, IAM chante « La vie est belle, le destin s’en écarte/ Personne ne joue avec les mêmes cartes/ Le berceau lève le voile, multiples sont leurs routes qu’il dévoile/ Tant pis, on est pas nés sous la même étoile ». Ces paroles montrent l’engagement social et politique d’IAM, et aussi l’emploi d’un français non pas classique mais poétique et beau quand même. Comme le dit Philippe Bouasse dans un article sur IAM, « Grâce a des chanteurs comme ceux d’IAM […], le français réinvente non seulement son vocabulaire, mais ses rythmes, sa cadence. Il devient un langage extrêmement moderne qui ne renie pas son héritage classique, et qui, en même temps, acquiert un sens de rythme grâce a ces gens qui chantent dans leur langue, qui ont appris à briser les mots, à les reformer, à les aimer, qui en font savourer la volupté à ceux qui les écoutent » (5). Ainsi, la musique d’IAM représente comment la langue française s’est laissée transformer par les peuples divers de la France d’aujourd’hui. En plus, elle représente comment cette transformation est nécessaire. IAM réussi à créer un langage pour s’exprimer eux-mêmes en tant que groupe à la fois français et d’origines très diverses.

Dans une interview, Shurik’N résume la signification de la réussite d’IAM en disant qu’ « on a toujours voulu apporter une reconnaissance culturelle à la ville de Marseille. Les gens qui n’ont pas grand-chose ont plein d’idées et sont amenés à se débrouiller » (6). IAM possède une conscience d’eux-mêmes – d’où ils viennent, de ce que cela veut dire, et où ils veulent aller – qu’ils apportent à leur musique et qu’ils utilisent pour parler de choses qui résonnent chez tout le monde.

Sources :

1. http://musique.ados.fr/IAM.html
2. http://ww.bokson.net/hiphop/inter/59.html
3. http://ww.iamconcept.free.fr/biographie/histoire.html
4. http://ww.bokson.net/hiphop/inter/59.html
5. http://iamconcept.free.fr/biographie/article1.html
6. http://www.bokson.net/hiphop/inter/59.html