Le processus créatif : IVAN TIRTIAUX
 
Dr. Aaron Prevots, Ph.D.
Southwestern University


"Après de nombreux concerts en solo ou avec son groupe Les Singes Savants, Ivan Tirtiaux revient en duo avec la percussionniste argentine Vanesa Garcia. On retrouve dans ses chansons le funk et la soul de ses débuts, ses influences folk, blues, pop ou encore brésiliennes ainsi que son goût du jazz et des musiques spirituelles. A la lumière de sa voix aussi habitée que singulière, ses textes, nés de son amour de la chanson française, se fondent harmonieusement à sa musique. Le tout, servi par un jeu de guitare percussif et agrémenté des influences latines et funk de sa percussionniste, donne un répertoire authentique, sensuel et hypnotique."



(Sources: http://www.myspace.com/ivantirtiaux pour cette introduction, Ivan Tirtiaux's Albums pour les photos. Propos recueillis le 9 décembre 2008.)

 

 


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Ivan Tirtiaux

 




     

Aaron Prevots: Comment décrire votre propre style musical? Quels artistes ou genres de musique vous inspirent en ce moment?

Ivan Tirtiaux: Je m’amuse à la qualifier de chanson latino-belge, au vu de ma nouvelle formation en duo avec la percussionniste argentine Vanesa Garcia. Mes influences musicales sont très variées et nombreuses, les artistes qui m’ont le plus marqué ces derniers temps se nomment John Jacob Niles, Atahualpa Yupanqui, Rosa Passos, Cartola, Elliott Smith, Chris Whitley , Allain Leprest, André Minvielle, le Cirque des Mirages…

 

 

 
 


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Est-il important pour vous de chanter en français, ou simplement ce qu'il y a de plus naturel?

C’est selon moi extrèmement important pour un artiste d’être capable de chanter dans sa langue maternelle, du moins si son intention est de véhiculer des émotions vraies. En ce qui me concerne j’ai commencé à chanter en anglais puis en portugais du brésil avant de me « trouver » en français. Bien que je parle plus ou moins couramment ces deux langues, ce n’était presque pas naturel pour moi de chanter en français au début alors que je le parle depuis toujours. La langue que l’on emploie forge la voix qui la chante, et le français supporte assez mal l’exubérance vocale. Pas trop d’artifices donc, ni de rémolades à moins qu’ils ne soient induits par le texte. En français, pour chanter juste, il faut rendre le texte, quelle que soit la manière d’y arriver. Aujourd’hui, je ne me vois pas chanter dans une autre langue à moins de la parler dans ma vie de tous les jours et avoir de ce fait des choses à y dire.

 

 

 
 


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Ivan & les Singes Savants:
Ivan Tirtiaux: Chant, guitares, cavaquinho - Eric Bribosia: Accordéon, claviers - François Verrue (sur "Les Océans"), Pierre Jacqmin: Basse, contrebasse - Olivier Wéry (sur "Les Océans"), Daniel Duchâteau: Batterie - Marine Horbaczewski: Violoncelle. (Affiche: Sentier des Halles, 2007)


Avez-vous réalisé des chansons en home studio? La technologie a-t-elle changé votre façon d'aborder le travail de création?

Oui, j’ai réalisé mes quelques enregistrements avec l’aide d’ingénieurs du son qui ont installé leur studio mobile dans un charmant petit théâtre avec une belle acoustique et chargé d’une histoire personnelle car c’est là que j’ai grandi et commencé à répéter avec mes groupes. Je n’aurais pas pu faire ça tout seul, sans quelqu’un derrière les manettes ni sans l’apport des musiciens qui ont tous mis quelque chose à eux dans mes chansons. C’est vrai que je suis assez roots et me débrouille plutôt mal en informatique, j’écris toujours mes partitions à la main et possède même encore une machine à écrire, tout ça est en train de changer.

La technologie fait évoluer, c’est inévitable même si quelque part j’idéalise un peu le passé, les studios analogiques, les méthodes à l’ancienne où la répartition des tâches était plus claire ; quand on entrait en studio, il y avait le producteur, l’arrangeur, les copistes, le chef d’orchestre, les musiciens et l’interprète…

En s’auto-produisant on se retrouve constamment au four et au moulin, écrire, enregistrer, arranger, faire les courses, la cuisine, c’est un peu fatiguant.

 

 

 
  


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Internet et le réseautage social vous ont-ils aidé en tant qu'artiste? Trouvez-vous que des communautés d'artistes et d'admirateurs se créent plus facilement que dans le passé?

Oui, la preuve en est que vous m’avez contacté par mail et qu’on ne s’est encore jamais rencontré. J’ai fait un tas de rencontres via myspace, des artistes que j’ai programmé dans mon lieu (le Stekerlapatte) ou des gens qui m’ont invité à jouer chez eux. Des affinités se créent entre artistes, des communautés d’idées, c’est très inspirant, on se sent moins seul… Et puis recevoir des retours après un concert est très important.


 

 

 


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Existe-t-il un esprit de communauté et de collaboration entre musiciens dans votre région?

Tout à fait, je pense que c’est dans l’air du temps, nous venons d’ailleurs de créer avec plusieurs artistes de chanson francophone le collectif « Pour Quoi Faire Productions » (www.pqfp.net).

Le but est de vendre nos spectacles respectifs sans passer par une boîte de production qui diminuerait forcément le montant de nos cachets. A plusieurs, cela réduit considérablement le travail administratif. En un mois et demi nous avons créé un spectacle promotionnel en commun, fait une tournée internationale de 3 dates (France, Suisse, Belgique), créé un site internet, des affiches…

Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à avoir eu cette idée et d’autres artistes nous sollicitent pour participer à cette aventure qui ne fait que commencer..

 

 

 

 


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"Ivan Tirtiaux fait partie de cette nouvelle génération de poètes belges, sans nul doute. Sa plume est soignée, ses histoires anecdotiques sont cependant universelles. Véritable artiste créateur, il est aussi un somptueux guitariste et musicien comme en témoignent lesarrangements de son premier album 6 titres 'Ivan & les singes savants'" (www.pqfp.net).

 

 

 


Doit-on habiter une grande ville pour réussir en tant qu'artiste?

Ce n’est pas primordial, mais par contre il faut y jouer souvent pour faire de bonnes rencontres… C’est là que les programmateurs se déplacent aussi le plus souvent. Personnellement je joue très régulièrement à Paris dont le paysage musical m’inspire beaucoup.

 

 

 

 

Comment trouvez-vous le paysage musical en Communauté française? Peut-on dire qu'il est assez riche et divers?

Je le trouve extrèmement riche et divers, faire de la programmation est même difficile tant il y a de projets intéressants, et ce ne sont pas forcément ceux-là qui sont mis en avant.

 

 

 

Avez-vous rencontré des écueils en tant qu'artiste francophone souhaitant élargir votre public?

Je ne veux pas me positionner en victime mais je vais répondre oui.

Notre projet de collectif s’est vu refuser la brindille de subventions dont il avait besoin pour s’exporter en Suisse et en France sans perdre d’argent, nous avons tout de même réussi à mener cette tournée à bien en rentrant tout juste dans nos frais et les résultats sont très positifs.

Contrairement à la France, la Belgique est ultra frileuse en matière de chanson francophone. Très peu de moyens sont octroyés pour soutenir ce réseau. La Biennale, Mars en Chanson, les petits cabarets bruxellois connaissent de vraies difficultés et doivent se battre constamment pour survivre. Les radios ne passent pas ou très peu d’artistes francophones de Belgique, tant les majors leur mettent la pression pour passer du Bénabar, du Renan Luce ou leurs autres produits, ce qui a au moins le mérite de rendre la chanson française un peu plus populaire. Cela dit, je ne comprends pas pourquoi quelqu’un comme Claude Semal qui est un artiste phare en Belgique ne passe quasi jamais à la radio. Les autres médias comme les journaux parlent très peu de la scène « chanson » en Belgique. C’est étonnant dans ce pays qui a vu naître Jacques Brel. Comme lui, il nous faut aller chanter à Paris et obtenir une reconnaissance là-bas avant de l’obtenir chez nous. Je suis certain que si la chanson avait une vraie place dans les médias comme en France, son public grandirait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Avez-vous bénéficié du soutien d'organismes comme le Conseil de la musique ou Wallonie-Bruxelles Musiques? Comment caractériser l'écho qui résulte de ce genre de soutien ou de concerts hors de Belgique (dans les médias ou bien de la part des admirateurs, des managers, des amis)?

J’ai bénéficié du soutien (2 dates de concert) du Conseil de la Musique pour avoir remporté plusieurs prix dans leur concours « Musique à la française ». Ça fait toujours plaisir mais ce n’est pas ça non plus qui change la donne. En revanche, c’est la 5ème (et dernière) fois que je me vois refuser l’accès aux Entrevues, je fais pourtant en moyenne une quarantaine de concerts par an dont environ 50% se passent à l’étranger. Ce n’est pas pour les blâmer, choisir les projets est très difficile, mais à force de remplir des dossiers pour rien, on choisit de s’en passer, les amis myspace et admirateurs ne peuvent pas faire grand-chose à cela.

 

 

 

 

 

 

 


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Peut-on parler à votre avis d'un foisonnement artistique en Belgique depuis les années 1980 ou 1990? Si oui, quelles en seraient selon vous les principales raisons (Internet, festivals, le Conseil de la musique, autres organismes, subsides, labels associatifs, home studios, intérêt général pour la musique...)?

J’ai presque 32 ans, je suis peut-être trop jeune pour bien en parler, mais je constate que depuis environ 10 ans, de plus en plus de jeunes se lancent dans des métiers artistiques et la musique en particulier. Je pense que c’est dû à notre époque où paradoxalement, si faire de l’art est de plus en plus difficile et recourt à des années de galère, sans un statut digne de ce nom et avec peu de moyens, en consommer est plus que jamais indispensable et les gens en ont besoin pour rester vivants.

 

 

 

 

 

Trouvez-vous que les médias classiques (radio, télé, journaux, magazines) aident à promouvoir la musique que vous aimez?

Non, pas assez, mais peut-être ce sont mes goûts qui jurent.

 

 

 

 

Quelles ressemblances ou différences avez-vous remarqué entre la scène musicale en Communauté française et ce qui se passe ailleurs? Que peut-on dire des diverses communautés linguistiques en Belgique à cet égard?

Pour moi la plus grande différence entre la communauté française de Belgique et la France, sur le plan de la scène musicale se situe dans la langue chantée.

Ici, la plupart des groupes (rock, pop et tous styles confondus), se mettent à chanter en anglais comme si c’était une évidence (c’était aussi mon cas). Or, cela n’engage que moi, mais je trouve que cela nuit souvent à leur crédibilité. D’une part, la connaissance de l’anglais n’est pas toujours excellente et d’autre part je perçois cela comme un refus d’assumer sa propre langue plutôt qu’un choix d’en assumer une autre. On pourrait croire que c’est dû au bilinguisme de notre pays mais quasi aucun de ces groupes franc-anglophones ne tourne en Flandre. Je trouve ça un peu absurde. Personnellement, j’écoute de tout, j’adore la musique anglophone et j’aime aussi quand des groupes flamands chantent en flamand (De Kift, Think of One...). Dans la plupart des autres pays la question de l’identité culturelle et linguistique ne se pose même pas, j’ai l’impression qu’en Belgique cela vient d’un complexe (d’infériorité ?) culturel qui paradoxalement génère aussi souvent de très belles choses.

En France, les radios doivent respecter un quota de musique francophone à diffuser sur leurs ondes. Cela donne à force des artistes très intéressants qui chantent en français mais pas uniquement, et dans tous les styles. Je trouve les radios là-bas beaucoup plus audacieuces, elles passent non seulement du français et de l’anglais mais beaucoup d’autres langues aussi, à croire que le fait d’empêcher la prédominance de l’anglais sur les ondes a pu permettre aux autres langues de trouver leur place.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Qu'est-ce que pour vous le succès artistique? Qu'est-ce qui vous inspire et vous donne envie de continuer?

C’est simplement une rencontre entre un artiste et son public, quand l’artiste s’est trouvé, le public suit. D’un point de vue plus matériel, ce serait d’arriver à vivre tout à fait de son art, ce qui est très difficile. Ce qui m’inspire et me donne envie de continuer c’est le plaisir que je ressens à écrire, chanter, jouer, monter sur scène, je ne pourrais pas faire autre chose.

 

 

 

 


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Auriez-vous un dernier mot pour résumer votre perspective générale ou votre musique, une sorte de devise personnelle peut-être?

Le bonheur n’arrive pas qu’aux autres.

 

 

 

 

 

 

 


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